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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 02:49

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Chaque roman d'Amélie Nothomb est devenu - comme le Tour de France, le 14 Juillet, la Saint-Sylvestre ou quelque autre rituel national - un marqueur de temps si officiel que Roland Barthes, s'il l'avait pu, n'aurait pas manqué de lui consacrer l'une de ses immortelles Mythologies.

Dès la livraison nothombienne de la fin août, on pressent ainsi que les vacances s'achèvent, que les écoliers vont bientôt boucler leurs cartables, que les fastes de l'été se vaporisent déjà dans les grisailles d'une rentrée. Il faudra s'y faire : avec sa folie aigre-douce et son humour ponctuel, Amélie rythme nos saisons. Sans son bric-à-brac drolatique, qui saurait encore que l'automne va arriver ?

 

Obèse-moi

Cette fois, l'auteur d' Antéchrista et de la mémorable Métaphysique des tubes a choisi de délirer autour d'un argument quasi normal : miss Nothomb, on le sait, reçoit un courrier abondant auquel, en grande routière du succès, elle se fait un devoir de répondre. Or "une lettre d'un genre nouveau" l'attend au début de sa nouvelle intrigue : elle lui a été adressée par un soldat américain qui se morfond en Irak et qui, déprimé par le chaos ambiant, n'a rien trouvé de mieux à faire que de grossir démesurément. L'infortuné se goinfre, contemple la courbe exponentielle de son poids, chérit sa graisse proliférante, célèbre son obésité avec un lyrisme douloureux auquel une ex-anorexique de la trempe d'Amélie ne pouvait qu'être sensible.

De plus, l'obésité est un thème cher à l'auteure d'Hygiène de l'assassin et, via le culte des sumotoris, elle hante l'inconscient belgo-nippon d'Amélie . N'est-elle pas, cette obésité, mieux que la très surestimée grève de la faim, une stratégie efficace de protestation ? ou une rébellion tendance sur le mode du Body Art ? Voire "Une forme de vie" au beau milieu d'une guerre qui ne compte plus ses morts ? Amélie tient là l'ADN de sa fable : la maigre et le gros (se) correspondent. Et vont faire, à distance (les corps entrent rarement en contact dans l'écologie amélienne), leurs gammes sur le plein, le vide, le proche, le lointain, l'amour, le manque. Lacan tend son oreille et il entend peut-être: obèse-moi.

 

Pirouettes nothombiennes

A partir de cette trame épistolaire, la nouvelle marquise de Sévigné (n'est-ce pas l'enseigne d'une confiserie ?) installe sa machinerie habituelle : inscrire, sur un motif globalement improbable (pourquoi un GI écrirait-il à une auteure de best-sellers francophone ?), des comportements qui revendiquent une absolue normalité. Grace à ce branchement du banal sur un voltage déjanté, le roman s'emballe, galope, pétarade. Et, une fois de plus, ça fonctionne : le GI shooté à la junk food émeut quand il nomme sa graisse "Shéhérazade" et qu'il la sent, plaquée sur lui, comme une amoureuse incorporée ; et Amélie est adorable, avec son zèle de saint-bernard soucieux, tout de même, qu'on ne lui casse pas trop les pieds. Des perles inutiles ("mon cerveau avait un caillou dans sa chaussure...", p. 164), un mot rare ("opisthographie", ou le fait d'écrire sur le recto et le verso d'un même feuillet), une chute délicieusement absurde (n'oubliez pas de cocher la case "terroriste" sur le formulaire d'entrée aux Etats-Unis...) feront de ce roman parfois recuit un cru apprécié.

Une question s'impose cependant, comme chaque année : qu'y a-t-il au-delà des masques d'Amélie Nothomb? Du vide? Un visage? Lequel? Et : jusqu'à quand cette surdouée, digne héritière de la tradition surréaliste d'outre-Quiévrain, se planquera-t-elle derrière ses pirouettes ? A cet égard, les aficionados du nothombisme, si impatients d'installer leur championne parmi les classiques du farfelu, risquent, encore une fois, de rester sur leur faim.

Une forme de vie, d'Amélie Nothomb (Albin Michel, 170 p., 15.90 euros).

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Published by Utopia-666 - dans Des livres - كتب
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Marianna 17/10/2010 14:54



joli article



Masculin 31/08/2010 02:53



"Et : jusqu'à quand cette surdouée, digne héritière de la tradition surréaliste d'outre-Quiévrain, se planquera-t-elle derrière ses pirouettes ?" Et pourquoi
devrait-elle se mettre à nu ? Parce que nous l'exigeons ? Ses pirouettes sont partie de son talent, sont partie du surréalisme de ses romans. Pourquoi vouloir y changer quelque chose si c'est
ainsi qu'elle a envie d'écrire. Les lecteurs savourent, sont au rendez-vous et la belle langue aussi. Les écrivains qui se mettent à nu, on a tendance (les critiques) à leur demander plus de
pudeur. Ceux qui ne le font pas, on exige qu'ils aillent au vestiaire tout de suite et qu'ils en sortent sans plus de masque ! Et comme le dit Lynxette : "ce qui compte c'est ce qu'il y a sous la
plume" !



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