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Au moment où vous lisez ces lignes, vous parviennent peut-être de l’appartement voisin des bruits suspects qui ne laissent aucun doute sur la façon dont le couple d’à côté à décidé de passer la soirée. Même étouffés, il y a des bruits qui sont plus perturbants pour la pensée que des coups de klaxon ou une musique trop fortes... Il n’est alors pas impossible que vous regrettiez cette activité solitaire qu’est votre lecture. Bien sûr, vous savez combien elle peut-être enrichissante et stimulante et combien elle peut vous apporter de plaisir, mais il faut avouer qu’à ce moment-là vous êtes très probablement pris du vague désir d’abandonner votre livre afin de vous adonner, vous aussi, à une activité moins intellectuelle.


Imaginez maintenant que ce soit un auteur qui entende ces bruits.

 

Un jeune écrivain plein de fougue et d’enthousiasme qui a néanmoins décidé de consacrer ses soirées à écrire un roman ou un essai dont il veut à tout prix terminer la rédaction. Peut-il, lui aussi, tout laisser tomber et prendre ainsi le risque de ne jamais achever son projet ?

 

La chair ou la plume...

 

Le choix est difficile car il sait sûrement combien est dangereuse toute procrastination proustienne. On sait bien où ça a conduit Proust… On se dit « on verra ça demain » et le petit ouvrage auquel on s’attelle devient un véritable rocher de Sisyphe, un gros boulet qu’on traîne derrière soi pendant des semaines et des semaines…

 

Ecrire n’est pas un acte gratuit.

 

Cela fait penser à une interview dans laquelle Fabrice Luchini racontait qu’un soir où il travaillait seul à l’écriture d’une pièce, lui étaient parvenus les mêmes bruits et qu’il avait perçu alors avec douleur toute l’ampleur du sacrifice qu’exigeait la littérature et la vie d’artiste. Incapable de faire comme Philippe Sollers et de concilier une vie de luxure avec une vie d’écriture, Luchini n’avait eu d’autre choix que de se tourner vers le cinéma où non seulement l’art n’est pas incompatible avec le plaisir des sens, mais en est, en quelque sorte, son double obligé, son jumeau lumineux…

 

En tout cas, en ce qui concerne la littérature, il faut reconnaître avec Rilke que « les œuvres d’art sont d’une infinie solitude » et qu’elles exigent beaucoup, beaucoup de sacrifices. Difficile de concilier l’absolu d’une passion qui domine tout et le désir d’avoir une vie sociale ou amoureuse équilibrée… Certes, pour certains ce sacrifice est considéré comme obligatoire et indispensable à toute création. Pour Mircea Eliade, l’abstinence sexuelle, est considérée comme quelque chose de positif et bénéfique car permettant en gros d’engranger des forces magiques destinées à féconder toute l’œuvre à venir.

 

Comme diraient les chinois, il ne faut pas gaspiller en vain son yang…

 

Peut-être lecteur lui aussi des philosophes taoïstes, voilà le conseil que donna Flaubert à un autre homme de lettres, Ernest Feydeau, très porté sur la bagatelle : « Prends garde d’abîmer ton intelligence dans le commerce des dames. Tu perdras ton génie au fond d’une matrice… Réserve ton priapisme pour le style, fous ton encrier, calme-toi sur la viande, et sois bien convaincu […] que : une once de sperme perdu fatigue plus que trois litres de sang. »

 

« Calme toi sur la viande »… Les lectrices apprécieront… Où Flaubert a-t-il trouvé sa madame Bovary ? Au rayon charcuterie de son supermarché ?

 

En tout cas l’auteur, qui bien sûr ne songe pas un seul instant à appliquer ses propres conseils, donne le même avis à son ami Maupassant : « Vous vous plaignez du cul des femmes qui est monotone. Il y a un remède bien simple, c’est de ne pas vous en servir… Il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça… Trop de putains, trop de canotage, trop d’exercice ! Vous êtes né pour faire des vers, faites-en ! »

Et il développe.

Pour un artiste, il n’y a qu’un principe à respecter : tout sacrifier à l’art. Sans doute est-ce la raison pour laquelle on a souvent associé l’idée d’écriture avec l’idée d’ascèse ; un écrivain est quelqu’un qui a décidé de tracer un trait sur tout ce qui pourrait l’éloigner de sa création, tout ce qui pourrait amoindrir son pouvoir créateur. Il y a indiscutablement quelque chose de messianique dans cette volonté d’aller jusqu’au bout de son idéal…

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Par Utopia-666
Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /Oct /2009 15:17
- Publié dans : Articles - مقالات - Communauté : Atheos - Atheism in action
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