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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 23:44

 

La «Cité Perse», classée monument historique dans le Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO depuis 1979, muée en film d’animation par Marjane Satrapi, a provoqué une véritable tempête politique à l’occasion de sa diffusion par la Chaîne TV Nessma à une dizaine de jours des élections de l’Assemblée Constituante.

La réaction des groupuscules Salafistes n’est guère étonnante lorsqu’on connaît la manière dont ils appréhendent la question religieuse. En fait, cette réaction a débuté le même jour de la diffusion à la faculté des lettres (sic !) de Sousse où une jeune fille portant le fameux Niqab a voulu s’inscrire, une inscription à laquelle s’est opposée l’administration de ladite faculté.

Indépendamment des faits qui ont fait l’objet de plusieurs commentaires allant de la divagation pure et simple aux idées les plus éclairées, la principale équation que nous devons tenter de résoudre, aujourd’hui en tant que Tunisiens, est la question de la Liberté !

Car de notre compréhension et de notre attitude envers ce phénomène que nous pouvons essayer par la suite de mettre les jalons d’une société réellement fondée sur les principes démocratiques.

La liberté est un concept qui a trait à la situation de l’être humain au sein d’un groupement social. La question est donc relative à son statut à la fois en tant que personne juridique et en tant qu’acteur politique.

Dans l’Islam, la liberté n’est pas individuelle. L’individu est noyé dans la communauté des Croyants n’ayant aucune volonté propre et accédant à une forme de liberté encadrée par le phénomène religieux. La citoyenneté n’existe pas en elle-même puisqu’elle est fondée sur le critère religieux et non sur la nationalité ; les non-croyants ou ceux qui appartiennent à une autre religion, et vivant dans un pays musulman, ayant un statut inférieur.

Pourtant et si l’on remonte aux origines de l’Islam, celui-ci a prescrit la garantie de la liberté de croyance, la libre pratique de leur religion, la libre application de leur législation et le recours à leurs propres tribunaux. Mais, et par la suite, la situation des étrangers s’est dégradée par l’institution de charges fiscales particulières et l’obligation de porter des habits distinctifs ou l’interdiction de porter des armes ou de monter des chevaux. (voir sur ce point le livre de Sadok Belaid, Islam et Droit, Centre de Publication Universitaire, Tunis, 2000).

La liberté moderne et d’inspiration libérale, est, quant à elle, fondée sur l’Individu en tant que finalité de l’ensemble de l’organisation sociale et politique. C’est l’individu qui détermine son propre comportement qui ne peut lui être imposé par aucune partie qu’elle soit un pouvoir politique ou un pouvoir religieux.

Aujourd’hui, notre peuple doit aussi voter pour une idée de la liberté. Quelle est la liberté qu’il souhaite instaurer dans le pays: celle qu’il entend soumettre à la bonne volonté des différents zélateurs religieux ou celle qu’il entend lui-même en déterminer la portée tout en étant bien sûr limité par un cadre juridique idoine qui permet de garantir la liberté des autres.

Auparavant, le peuple avait «accepté» sa soumission à un pouvoir politique qui lui a extorqué sa liberté au nom de la sécurité. Aujourd’hui, il est de nouveau appelé à se prononcer sur cette question: doit-il s’en passer et la mettre entre les mains d’individus ou de groupes qui l’encadreront par la suite dans un carcan jouissant d’une certaine sacralité pour sanctionner ceux qui essaieront de s’en défaire, où bien veut-il faire en sorte que la liberté devienne un pilier sur lequel s’écrasera tous ceux qui entendent lui ligoter l’esprit et la volonté.

Persépolis a démontré le caractère intolérant et limitatif de courants qui entendent dresser des obstacles à la liberté du peuple et à ses choix. Sa projection aurait touché, semble-t-il, les sentiments des Tunisiens. De quels Tunisiens parlent-ils? Des intolérants? Sûrement! Mais pas des autres bons citoyens dont la projection du film ne pourrait dévier de leurs propres convictions spirituelles, celles avec lesquelles ont vécu nos aïeux et qui sont encore bien ancrés dans la société. À ceux qui veulent nous «islamiser» de nouveau, mais à leur manière, nous pouvons dire: ce sera peine perdue!

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