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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 02:14

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INVESTISSEMENTS | Depuis la crise alimentaire de 2008, les champs du continent noir s’arrachent. En un an, le nombre d’hectares loués a décuplé, selon la Banque mondiale.



Cela pourrait être un pamphlet d’extrême gauche sur les méfaits de la mondialisation. C’est pourtant bien la très pragmatique Banque mondiale qui signe ce rapport explosif, rendu public mercredi, sur la prédation des terres arables dans le monde. Une véritable ruée sur le foncier à laquelle se livrent multinationales et fonds souverains.

Suite à une fuite dans le Financial Times, la Tribune de Genève en avait publié un avant-goût le 12 août, sans toutefois disposer du document. Et donc, sans les chiffres, qui donnent le vertige.

Si le phénomène n’est pas nouveau, loin s’en faut, deux éléments alertent l’institution multilatérale. D’abord, son ampleur. D’une moyenne annuelle de 4 millions d’hectares acquis durant la décennie précédant l’année 2008, la Banque mondiale observe un bond à 45 millions d’hectares en 2009. Cela équivaut à la surface combinée des terres arables existantes en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, relève Carin Smaller, de l’Institut international pour le développement durable (IISD). La Banque mondiale ne donne en revanche aucun indice du montant de ces investissements.

Deuxième élément: 70% de ces terres se trouvent en Afrique. Jusqu’à présent, le continent noir a été relativement épargné, mais les investisseurs ont désormais compris que ces pays constituent des proies faciles du fait de leur faible cadre juridique et institutionnel.

 

Promesses non respectées

Cette frénésie foncière coïncide avec la crise alimentaire de 2008: de nombreux Etats ont soudain réalisé que l’approvisionnement des denrées de base n’est plus garanti. C’est le cas des pays du Nord ou de la Chine, mais aussi de ceux du Proche-Orient, dont les surfaces agricoles sont très limitées, en raison de la pauvreté de leur sol. Alors, ils louent des terres à l’étranger. C’est aussi simple que cela. Quant aux privés, ils s’en servent pour produire des agrocarburants ou, plus simplement, pour diversifier leurs placements en capitaux dans le marasme économique actuel.

En eux-mêmes, ces investissements ne sont pas forcément mauvais, note la Banque mondiale. Mais dans les faits, ils s’effectuent dans des conditions «très souvent» désastreuses pour les populations locales. Les terres sont bradées sans considération de leur valeur réelle, sociale et économique; la perte des usagers, de petits agriculteurs, n’est pas compensée; les rares consultations avant acquisition ne débouchent que sur des promesses orales, «rarement» respectées; ni équipement public ni services sociaux n’accompagnent le processus; enfin, les normes environnementales et sociales sont fréquemment bafouées.

 

Zéro bénéfice

Du fait de la corruption et de l’opacité qui règnent, les gouvernements, eux, n’empochent pratiquement aucune rentrée fiscale. De même, ces pays ne sont pas dotés des structures permettant de s’assurer que les capitaux ne leur échappent pas.

Pour toutes ces raisons, études de cas à l’appui, la Banque mondiale conclut que «dans la plupart des situations, les bénéfices retirés de ces opérations sont faibles, voire inexistants». Quand les investissements n’ont pas carrément détérioré l’état, déjà bien misérable, des populations indigènes. Au moment où la FAO craint une nouvelle crise alimentaire due aux récentes catastrophes naturelles (Russie, Pakistan, etc.) et à la spéculation sur les matières premières agricoles, rien n’indique que l’accaparement des terres africaines ralentira. Au contraire.

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