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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 23:37
.nietzsche

Dieu est mort


Le fou qui, dans Le Gai Savoir de Nietzsche, apostrophe les passants, une lanterne à la main, en criant : « Je cherche Dieu ! » et qui, blessé des moqueries de ses auditeurs, leur jette au visage l'accusation : « Nous sommes tous les assassins de Dieu » est un héros nihiliste. Il proclame « la mort de Dieu », c'est-à-dire que « la croyance au dieu chrétien est tombée en discrédit » (V, 271). Certes, pour les esprits bien trempés, cet événement marque l'abolition des anciens dogmes, donc l'émancipation de l'homme, qui recouvre l'exercice de ses vertus créatrices si longtemps aliénées en Dieu. Mais puisque la mort de Dieu, représentée symboliquement, est aussi un meurtre, auquel a poussé la volonté de vengeance (on reconnaît là le drame du « plus hideux des hommes » mis en scène dans Ainsi parlait Zarathoustra), elle est hypothéquée par de dangereuses équivoques, qui ne manquent pas de développer leurs conséquences funestes : l'homme, affronté à ce vide, ne sera-t-il pas tenté, à l'exemple de Kirilov, un des « possédés » de Dostoïevski, de se déifier lui-même par un suicide de provocation et de blasphème ? Ou encore, ne se précipitera-t-il pas dans une agitation furieuse, comme celle qui mobilise autour d'une prétendue Grande Idée – en vérité simple baudruche idéologique – les membres de l'Action parallèle et son animatrice Diotime, dans le roman de Robert Musil, L'Homme sans qualités ? La surenchère morale n'est-elle pas un narcotique précieux pour se dissimuler l'inanité d'un monde déserté par le divin ? Hermann Broch a dépeint avec une rare maîtrise toute la gamme des ivresses frelatées et des capitulations plus ou moins ignominieuses que provoque l'irruption du nihilisme. Le Huguenau des Somnambules, criminel qui « achève naïvement son rêve d'enfance dans la réalité », préfigure le Marius du Tentateur chez qui le crime revêt la sauvagerie préhistorique d'un sacrifice rituel. On débouche alors inéluctablement sur la trilogie du nazisme dénoncée par Rauschning dans sa Révolution du nihilisme : « La mort de la liberté, la domination de la violence et l'esclavage de l'esprit. » Devant une telle désolation, comment ne pas se souvenir de l'avertissement de Nietzsche : « Si nous ne faisons pas de la mort de Dieu un grand renoncement et une perpétuelle victoire sur nous-mêmes, nous aurons à payer pour cette perte » (XII, 167) ?
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commentaires

Eric Valnerbauch 17/12/2009 10:02


En somme, si Dieu est mort, et comme Nietzsche lui aussi est mort,
nous assistons aujourd'hui à l'éternel retour de la réssurection de Dieu
par une majorité, à l'éternel retour de la résurrection de Nietzsche par
une minorité, tandis que prôner l'éternel retour du nihilisme est un suicide.

Alors quoi? Se borner à dériver comme l'éternel retour d'un cynisme sceptique et fanfaron, comme Cioran l'a déjà fait?

Alors quoi?


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