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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:30

Enfermée pendant un mois et demi dans une villa de Montreuil en banlieue parisienne, Cesaria Evora a enregistré Voz de Amor, une dizaine de chansons du répertoire traditionnel cap-verdien, dont les chansons de son oncle B Leza ou de Manuel de Novas. Méthode Star Academy pour la Diva?

Après Club Sodade, ses anciens succès remixés par des DJs et paru en juin dernier, Voz de Amor est dans la veine de ses premiers albums. Vous avez aimez Miss Perfumado ? Vous apprécierez Voz de Amor, retour sur quelques standards méconnus des talentueux compositeurs cap-verdiens que Cesaria réinterprète à sa manière. Mais son succès fait des jaloux au pays et certains compositeurs inconnus essaient de récupérer une parcelle de notoriété et d’argent, tel Armando Zeferino, 73 ans, résidant de l’île de San Nicolau, qui a récemment intenté un procès à la Diva pour plagiat sur son titre fétiche Sodade, l’obligeant ainsi à retirer du marché cap-verdien ses trois derniers albums.

Cette soudaine gloire n’est pas montée à la tête de l’artiste, qui revient toujours entre deux tournées à Mindelo où nous l’avons rencontrée. Ciz, comme tout le monde l’appelle ici, vient se ressourcer dans sa maison où elle guette jusque tard dans la nuit à travers les barreaux de sa véranda les passants qui viennent quémander un peu d’aide auprès de celle qui fait désormais office de banquière pour les habitants de l’île de Sao Vicente.

RFI Musique : Etes-vous comme Billie Holiday qui s’est détruite par l’alcool et les drogues ? Le succès vous a-t-il sorti de cet engrenage de la dépendance ?
Cesaria Evora :
J’étais critiquée parce que je buvais, mais à cette époque j’en avais envie. Et un jour j’ai décidé de m’arrêter. Maintenant, j’ai envie de fumer et je fume comme bon me semble. J’allume cigarette sur cigarette, mais je fais ce qu’il me plaît. Je peux fumer cent cartouches, c’est ma vie. Un jour, j’ai perdu un pari avec mon manager : je lui ai dit que j’arrêterais de fumer à Cuba. Et comme une gamine, il m’a surprise avec une cigarette allumée. J’y ai perdu ma Mercedes, qui était pourtant un rêve d’enfant.

Vous n’êtes pas fatiguée de ces incessantes tournées à travers le monde ?
Je suis fatiguée, si lasse, je vais mourir (rires). C’est pour ça que sur scène, je ne bouge pas trop. Vous savez, je ne suis pas une danseuse, je suis chanteuse et comme j’ai des problèmes aux pieds, je ne bouge qu’un petit peu, mais vous ne pouvez pas imaginer combien je souffre sur scène. J’ai une heure et demi de spectacle et un seul morceau pour me reposer, quand mes musiciens jouent un instrumental. Là, je peux souffler un peu, boire un verre d’eau, fumer une cigarette. Mais je vais demander à mon manager de changer mes pieds et de m’en mettre en caoutchouc. Il n’y a pas de raison que l’on ne change les pneus qu’aux voitures. Moi aussi, j’y ai droit.

Qu’est-ce que cela représente pour vous d’être l’ambassadrice du Cap-Vert ? Vous êtes désormais plus connue que le Président ?
J’ai été nommée ambassadrice pour le Programme alimentaire mondial et tout ce que je pourrai faire pour les enfants et les personnes âgées, je le ferai dans la mesure du possible. Mais je cherche plutôt à trouver quelqu’un qui s’occupe de moi.

 

Le gouvernement cap-verdien vient de vous honorer en réalisant un timbre à votre effigie. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ce n’est pas moi sur ce timbre. C’est ma soeur qui est à Marseille ! Ils m’ont tellement ratée que je suis méconnaissable. Mais je suis contente parce que les gens qui m’aiment peuvent ainsi le montrer en écrivant à leurs amis et ça m’amuse de voyager ainsi.

Vous arrivez à vous ressourcer lorsque vous rentrez à Mindelo ?
Je reviens retrouver mon peuple et oublier toute cette nostalgie accumulée durant ces mois de tournées. Retrouver mes enfants, mes deux petits-enfants, voir mes vieilles copines et jeter un coup d’œil à tous ces lieux que je fréquentais et où je jouais gratuitement. Maintenant, je reste dans ma voiture, je les regarde de loin et leur fais coucou. Les habitants de Mindelo m’ont toujours soutenue, avec ou sans succès, et c’est naturel de leur rendre ce qu’ils m’ont donné dans les périodes de vaches maigres.

Sur l’album, il y un morceau réalisé par Teofilo Chantre et son père qui parle de la condition des femmes au Cap-Vert. C’est un thème qui vous est cher ?
C’est une chanson écrite pour les femmes, mais pas pour toutes parce qu’il y en a qui vivent mieux que d’autres. Ici, il y a encore des femmes qui promènent leurs enfants sur le dos. Le Cap-Vert est devenu une société à deux vitesses avec certains qui ont tout comme en Europe et d’autres qui vivent comme il y a 50 ans. Moi-même, j’ai eu des difficultés, mais je me suis toujours débrouillée pour nourrir mes enfants. La musique m’a permis de m’émanciper, les hommes et les femmes ont les mêmes droits et j’ai eu la chance que ma vie change grâce à mon succès.

Voz d’amor, pourquoi un tel titre ?
C’est pour les hommes et les femmes amoureux, pas pour moi, parce que je n’ai pas eu d’amour. Je chante dans cet album pour les amoureux, pas pour moi.

Vous avez réalisé vos rêves d’enfants ?
Comme tous les Cap-verdiens, je vis d’espoir. Je vis aujourd’hui, j’attends demain. Je ne sais pas de quoi le futur sera fait.

Quel est votre plus beau souvenir ?
C’est d’avoir gagné tout ce succès à l’étranger alors qu’ici j’étais rejetée. J’ai beaucoup chanté mais ça n’a jamais marché. Beaucoup de belles choses me sont arrivé depuis, mais ça, je ne l’oublierai jamais.

Vos albums sont enregistrés entre deux tournées. Pourrez-vous un jour vous poser deux mois en studio pour enregistrer ?
Cette fois-ci, on s’est installés en milieu de tournée pendant un mois et demi dans une villa à Montreuil pour répéter tous ensemble. Comme les répétitions se passaient très bien et qu’il y avait un bon feeling, on a décidé d’emmener du matériel d’enregistrement dans la maison et on a enregistré comme ça une dizaine de chansons. J’ai passé ainsi un mois et demi avec les musiciens enfermés pour enregistrer ces anciennes chansons du répertoire comme les élèves de la Star Academy !

 


Pierre  René-Worms

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