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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 16:47
  1. Il ne faut pas s'astreindre à une oeuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l'oreille d'un ivrogne ou d'un mourant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1272
     
  2. Jamais à l'aise dans l'immédiat, ne me séduit que ce qui me précède, que ce qui m'éloigne d'ici, les instants sans nombre où je ne fus pas: le non-né.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1272
     
  3. Je sais que ma naissance est un hasard, un accident risible, et cependant, dès que je m'oublie, je me comporte comme si elle était un événement capital, indispensable à la marche et à l'équilibre du monde.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1273
     
  4. Le vrai contact entre les êtres ne s'établit que par la présence muette, par l'apparente non-communication, par l'échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1274
     
  5. Que tout soit dépourvu de consistance, de fondement, de justification, j'en suis d'ordinaire si assuré, que, celui qui oserait me contredire, fût-il l'homme que j'estime le plus, m'apparaîtrait comme un charlatan ou un abruti.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1274
     
  6. Si la mort n'avait que des côtés négatifs, mourir serait un acte impraticable.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275
     
  7. Être en vie - tout à coup je suis frappé par l'étrangeté de cette expression, comme si elle ne s'appliquait à personne.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275
     
  8. J'aimerais être libre, éperdument libre. Libre comme un mort-né.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275
     
  9. S'il entre dans la lucidité tant d'ambiguïté et de trouble, c'est qu'elle est le résultat du mauvais usage que nous avons fait de nos veilles.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1275
     
  10. Ne jamais s'évader du possible, se prélasser en éternel velléitaire, oublier de naître.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1276
     
  11. Quand on revoit quelqu'un après de longues années, il faudrait s'asseoir l'un en face de l'autre et ne rien dire pendant des heures, afin qu'à la faveur du silence la consternation puisse se savourer elle-même.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1276
     
  12. [...] tout malaise n'est qu'une expérience métaphysique avortée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1277
     
  13. Je rêve d'un confesseur idéal, à qui tout dire, tout avouer, je rêve d'un saint blasé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1278
     
  14. Certains ont des malheurs; d'autres, des obsessions. Lesquels sont le plus à plaindre?
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1278
     
  15. Je n'aimerais pas qu'on fût équitable à mon endroit: je pourrais me passer de tout, sauf du tonique de l'injustice.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1278
     
  16. Nous n'avouons nos chagrins à un autre que pour le faire souffrir, pour qu'il les prenne à son compte. Si nous voulions nous l'attacher, nous ne lui ferions part que de nos tourments abstraits, les seuls qu'accueillent avec empressement tous ceux qui nous aiment.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1279
     
  17. Tout malaise individuel se ramène, en dernière instance, à un malaise cosmogonique, chacune de nos sensations expiant ce forfait de la sensation primordiale, par quoi l'être se glissa hors d'on ne sait où...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1280
     
  18. Nulle différence entre l'être et le non-être, si on les appréhende avec une égale intensité.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1280
     
  19. Le non-savoir est le fondement de tout, il crée le tout par un acte qu'il répète à chaque instant, il produit ce monde et n'importe quel monde, puisqu'il ne cesse de prendre pour réel ce qui ne l'est pas. Le non-savoir est la gigantesque méprise qui sert de base à toutes nos vérités, le non-savoir est plus et plus puissant que tous les dieux réunis.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1280
     
  20. [...] l'échec, toujours essentiel, nous dévoile à nous-mêmes, il nous permet de nous voir comme Dieu nous voit, alors que le succès nous éloigne de ce qu'il y a de plus intime en nous et en tout.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1281
     
  21. Après minuit commence la griserie des vérités pernicieuses.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1281
     
  22. Ce qu'on appelle "sagesse" n'est au fond qu'une perpétuelle "réflexion faite", c'est-à-dire la non-action comme premier mouvement.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1281
     
  23. [...] naître, c'est s'attacher.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1282
     
  24. Dans l'anxiété et l'affolement, le calme soudain à la pensée du foetus qu'on a été.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1282
     
  25. [...] la pensée de la mort aide à tout, sauf à mourir!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1284
     
  26. N'est pas humble celui qui se hait.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1285
     
  27. J'ai toujours cherché les paysages d'avant Dieu. D'où mon faible pour le Chaos.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1286
     
  28. J'ai décidé de plus m'en prendre à personne depuis que j'ai observé que je finis toujours par ressembler à mon dernier ennemi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1286
     
  29. On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu'on n'oserait confier à personne.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1286
     
  30. Plus les hommes s'éloignent de Dieu, plus ils avancent dans la connaissance des religions.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1287
     
  31. Regarder sans comprendre, c'est le paradis. L'enfer serait donc le lieu où l'on comprend, où l'on comprend trop...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1287
     
  32. [...] c'est la volonté de donner notre maximum qui nous porte aux excès et aux dérèglements.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288
     
  33. N'est profond, n'est véritable que ce que l'on cache. D'où la force des sentiments vils.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288
     
  34. Aime à être ignoré.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288
     
  35. L'essentiel n'a jamais exigé le moindre talent.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1288
     
  36. Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1290
     
  37. [...] éthique du crépuscule [...]
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1290
     
  38. On a d'autant plus de prise sur ce monde qu'on s'en éloigne, qu'on n'y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1290
     
  39. Il répugnait aux vérités objectives, à la corvée de l'argumentation, aux raisonnements soutenus. Il n'aimait pas démontrer, il ne tenait à convaincre personne. Autrui est une invention de dialecticien.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1291
     
  40. Je n'ai pas rencontré un seul esprit intéressant qui n'ait été largement pourvu en déficiences inavouables.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1293
     
  41. Il n'est pas d'art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui use de l'insolite d'une manière constante lasse vite, rien n'étant plus insupportable que l'uniformité de l'exceptionnel.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1293
     
  42. Être objectif, c'est traiter l'autre comme on traite un objet, un macchabée, c'est se comporter à son égard en croque-mort.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1294
     
  43. Tout est unique - et insignifiant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1294
     
  44. Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1294
     
  45. Les penseurs de première main méditent sur des choses; les autres, sur des problèmes. Il faut vivre face à l'être, et non face à l'esprit.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1296
     
  46. Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1296
     
  47. [...] la biographie d'une pensée [...]
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1298
     
  48. L'unique confession sincère est celle que nous faisons indirectement - en parlant des autres.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1299
     
  49. La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1299
     
  50. Faire le mal est un plaisir, non une joie. La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1299
     
  51. Le sage est celui qui consent à tout, parce qu'il ne s'identifie avec rien. Un opportuniste sans désir.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1300
     
  52. Ce que les autres font, nous avons toujours l'impression que nous pourrions le faire mieux. Nous n'avons malheureusement pas le même sentiment à l'égard de ce que nous faisons nous-mêmes.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1300
     
  53. Nous ne comprenons ce qu'est la mort qu'en nous rappelant soudain la figure de quelqu'un qui n'aura été rien pour nous.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1302
     
  54. Toute forme de hâte, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1302
     
  55. Nous ne pardonnons qu'aux enfants et aux fous d'être francs avec nous: les autres, s'ils ont l'audace de les imiter, s'en repentiront tôt ou tard.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1304
     
  56. Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l'on soit croyant ou non.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1305
     
  57. Nous avons perdu en naissant autant que nous perdrons en mourant. Tout.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1305
     
  58. [...] une démence intéressée...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1307
     
  59. [...] guérir de l'ennui par la stupeur.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1307
     
  60. Plus d'un déséquilibre - peut-être même tout déséquilibre - provient d'une vengeance qu'on a différée trop longtemps. Sachons exploser! N'importe quel malaise est plus sain que celui que suscite une rage thésaurisée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1309
     
  61. L'avantage d'être quelqu'un est plus rare que celui d'oeuvrer. Produire est facile; ce qui est difficile, c'est dédaigner de faire usage de ses dons.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1309
     
  62. [...] un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1310
     
  63. L'interminable est la spécialité des indécis.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1311
     
  64. Le désir de paraître subtil ne nuit pas à la subtilité. Un débile mental, s'il pouvait ressentir l'envie d'épater, réussirait à donner le change et même à rejoindre l'intelligence.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1312
     
  65. C'est un aberration de se vouloir différent de ce qu'on est, d'épouser en théorie toutes les conditions, sauf la sienne.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1313
     
  66. On doit se méfier des lumières qu'on possède sur soi. La connaissance que nous avons de nous-même, indispose et paralyse notre démon. C'est là qu'il faut chercher la raison pour laquelle Socrate n'a rien écrit.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1316
     
  67. Deux ennemis, c'est un même homme divisé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1316
     
  68. Ce n'est pas la peur d'entreprendre, c'est la peur de réussir, qui explique plus d'un échec.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1317
     
  69. On ne redoute l'avenir que lorsqu'on n'est pas sûr de pouvoir se tuer au moment voulu.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1317
     
  70. Toute pensée dérive d'une sensation contrariée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1318
     
  71. Ce n'est pas le malheur, c'est le bonheur, le bonheur insolent, il est vrai, qui conduit à l'aigreur et au sarcasme.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1319
     
  72. Plus quelqu'un est comblé de dons, moins il avance sur le plan spirituel. Le talent est un obstacle à la vie intérieure.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1320
     
  73. Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1323
     
  74. Écrire est l'acte le moins ascétique qui soit.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1325
     
  75. [...] un rien de plein [...]
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1326
     
  76. À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1327
     
  77. J'aime lire comme lit une concierge: m'identifier à l'auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1328
     
  78. Dès que quelqu'un se convertit à quoi que ce soit, on l'envie tout d'abord, puis on le plaint, ensuite on le méprise.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1328
     
  79. Quand il me faut mener à bien une tâche que j'ai assumée par nécessité ou par goût, à peine m'y suis-je attaqué, que tout me semble important, tout me séduit, sauf elle.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1328
     
  80. Vivre, c'est perdre du terrain.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1330
     
  81. Dire que tant et tant ont réussi à mourir!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1330
     
  82. [...] chacun engendre son propre ennemi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1331
     
  83. L'unique moyen de sauvegarder sa solitude est de blesser tout le monde, en commençant par ceux qu'on aime.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1332
     
  84. Un livre est un suicide différé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1332
     
  85. On a beau dire, la mort est ce que la nature a trouvé de mieux pour contenter tout le monde.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1332
     
  86. Plus on vit, moins il semble utile d'avoir vécu.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1333
     
  87. La seule manière de nous acheminer vers l'universel est de nous occuper uniquement de ce qui nous regarde.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1337
     
  88. Ceux que nous n'aimons pas brillent rarement dans nos rêves.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1337
     
  89. Le scepticisme est l'ivresse de l'impasse.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1339
     
  90. Il tombe sous le sens que Dieu était une solution, et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1340
     
  91. Les avantages d'un état d'éternelle virtualité me paraissent si considérables, que, lorsque je me mets à les dénombrer, je n'en reviens pas que le passage à l'être ait pu s'opérer jamais.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1342
     
  92. Les obsessions sont les démons d'un monde sans foi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1345
     
  93. L'homme accepte la mort mais non l'heure de sa mort. Mourir n'importe quand, sauf quand il faut que l'on meure!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1345
     
  94. L'inconscience est une patrie; la conscience un exil.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1345
     
  95. Une seule chose importe: apprendre à être perdant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1346
     
  96. Ce qui est fâcheux dans les malheurs publics, c'est que n'importe qui s'estime assez compétent pour en parler.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1348
     
  97. La seule chose qu'on devrait apprendre aux jeunes est qu'il n'y a rien, mettons presque rien, à attendre de la vie.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, p. 1349
     
  98. Le Progrès est l'injustice que chaque génération commet à l'égard de celle qui l'a précédée.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1349
     
  99. L'idée de progrès déshonore l'intellect.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1353
     
  100. N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1353
     
  101. Avec le recul, plus rien n'est bon, ni mauvais. L'historien qui se mêle de juger le passé fait du journalisme dans un autre siècle.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1354
     
  102. Le sage est un destructeur apaisé, retraité. Les autres sont des destructeurs en exercice.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1355
     
  103. [...] choyé par la malchance.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1358
     
  104. Lorsqu'on a commis la folie de confier à quelqu'un un secret, le seul moyen d'être sûr qu'il le gardera pour lui, est de le tuer sur-le-champ.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1361
     
  105. L'admiration n'a rien à voir avec le respect.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1362
     
  106. [...] porteuse de cadavre [...] (Il est question de la femme enceinte
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1363
     
  107. Un texte expliqué n'est plus un texte. On vit avec une idée, on ne la désarticule pas; on lutte avec elle, on n'en décrit pas les étapes.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1364
     
  108. Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoûts.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1366
     
  109. Chacun expie son premier instant.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1369
     
  110. Je n'ai pas la foi, heureusement. L'aurais-je, que je vivrais avec la peur constante de la perdre. Ainsi, loin de m'aider, ne ferait-elle que me nuire.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1372
     
  111. L'homme est le cancer de la terre.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1376
     
  112. Le plaisir de se calomnier vaut de beaucoup celui d'être calomnié.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1376
     
  113. Les affres de la vérité sur soi sont au-dessus de ce qu'on peut supporter. Celui qui ne se ment plus à lui-même (si tant est qu'un tel être existe), combien il est à plaindre!
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1379
     
  114. Imaginer, c'est se restreindre, c'est exclure.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1384
     
  115. La seule manière de supporter revers après revers est d'aimer l'idée même de revers. Si on y parvient, plus de surprises: on est supérieur à tout ce qui arrive, on est une victime invincible.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1385
     
  116. [...] l'injustice d'exister.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1386
     
  117. [...] tout ce que nous possédons n'est qu'un capital de non-être.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1387
     
  118. [En parlant de l'homme] un singe occupé.
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p.1388
     
  119. Naissance et chaîne sont synonymes. Voir le jour, voir des menottes...
    De l'inconvénient d'être né, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 1400
     
  120. Se détruit quiconque, répondant à sa vocation et l'accomplissant, s'agite à l'intérieur de l'histoire; celui-là seul se sauve qui sacrifie dons et talents pour que, dégagé de sa qualité d'homme, il puisse se prélasser dans l'être.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p.821
     
  121. On périt toujours par le moi qu'on assume: porter un nom c'est revendiquer un mode exact d'effondrement.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 821
     
  122. "Que l'homme n'aime rien, et il sera invulnérable" (Tchouang-Tse). Maxime profonde autant qu'inopérante. L'apogée de l'indifférence, comment y atteindre, quand notre apathie même est tension, conflit, agressivité?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 822
     
  123. Notre mal? Des siècles d'attention au temps, d'idolâtrie du devenir.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 823
     
  124. Vivre à même l'éternité, c'est vivre au jour le jour.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 824
     
  125. La sphère de la conscience se rétrécissant dans l'action, nul qui agit ne peut prétendre à l'universel, car agir c'est se cramponner aux propriétés de l'être au détriment de l'être, à une forme de réalité au préjudice de la réalité. Le degré de notre affranchissement se mesure à la quantité d'entreprises dont nous nous serons émancipés, comme à notre capacité de convertir tout objet en non-objet.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 825
     
  126. Seul s'affranchit l'esprit qui, pur de toute accointance avec êtres ou objets, s'exerce à sa vacuité.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 825
     
  127. N'importe qui se sauve par le sommeil, n'importe qui a du génie en dormant: point de différence entre les rêves d'un boucher et ceux d'un poète. Mais notre clairvoyance ne saurait tolérer qu'une telle merveille dure, ni que l'inspiration soit mise à la portée de tous: le jour nous retire les dons que la nuit nous dispense.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 826
     
  128. [...] ce qui nous vénérons dans nos dieux ce sont nos défaites en beau.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 827
     
  129. [...] nous sommes tous des Lucifers de statistique.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 827
     
  130. Contaminés par la superstition de l'acte, nous croyons que nos idées doivent aboutir.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 827
     
  131. Quiconque s'avise d'atténuer notre solitude ou nos déchirements agit à l'encontre de nos intérêts et de notre vocation.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 828
     
  132. [...] ce "grand triste" [en parlant du Diable] est un rebelle qui doute.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 829
     
  133. [...] l'histoire, agression de l'homme contre lui même, [...]; se vouer à l'histoire, c'est apprendre à s'insurger, à imiter le Diable.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 829
     
  134. Le meurtre suppose et couronne la révolte: celui qui ignore le désir de tuer aura beau professer des opinions subversives, il ne sera jamais qu'un conformiste.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 830
     
  135. Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 830
     
  136. [...] l'utopie, presbytie des vieux peuples.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 833
     
  137. Les rides d'une nation sont aussi visibles que celles d'un individu.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 834
     
  138. La destruction des idoles entraîne celle des préjugés.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 837
     
  139. Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité et d'analyse.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 837
     
  140. Nombreux sont ceux qui s'apprêtent à vénérer n'importe quelle idole et à servir n'importe quelle vérité, pourvu que l'une et l'autre leur soient infligées et qu'ils n'aient pas à fournir l'effort de choisir leur honte ou leur désastre.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 840
     
  141. L'art de se survivre, ils [les occidentaux] s'y distinguent déjà.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 841
     
  142. La raison: rouille de notre vitalité.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 842
     
  143. On ne peut être normal et vivant à la fois.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 842
     
  144. L'esprit est vampire.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 845
     
  145. L'aspiration à "sauver le monde" est le phénomène morbide de la jeunesse d'un peuple.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 847
     
  146. L'habitude du raisonnement et de la spéculation est l'indice d'une insuffisance vitale et d'une détérioration de l'affectivité. Pensent avec méthode ceux-là seuls qui, à la faveur de leurs déficiences, parviennent à s'oublier, à ne plus faire corps avec leurs idées: la philosophie, apanage d'individus et de peuples biologiquement superficiels.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 849
     
  147. [...] le génie du regret.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 849
     
  148. [...] un peuple qui est un tourment pour lui-même est un peuple malade.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 850
     
  149. [...] songerie géologique.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 851
     
  150. Se savoir d'une engeance qui n'a jamais été est une amertume où il entre quelque douceur et même quelque volupté.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 852
     
  151. Créer une littérature c'est créer une prose.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 854
     
  152. Il n'est point aisé de n'être de nulle part, quand aucune condition extérieure ne vous y contraint.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 856
     
  153. Personne ne peut sauver la jeunesse de ses chagrins.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 856
     
  154. [...] devenir un vaincu décent, un réprouvé convenable.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 857
     
  155. [...] l'orgasme du remords.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 863
     
  156. [...] la rage d'un amour-haine.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 867
     
  157. [...] la volupté d'être épave [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 868
     
  158. Le tact, vice terrien, préjugé des civilisations enracinées, instinct du protocole [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 871
     
  159. [...] l'art de vivre [...] consiste dans l'expérience intégrale du présent.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 876
     
  160. [...] la haine équivaut à un reproche que l'on n'ose se faire à soi, à une intolérance à l'égard de notre idéal incarné dans autrui.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 878
     
  161. [...] à quelques criminels près, tout le monde aspire à avoir une âme publique, une âme-affiche.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 881
     
  162. L'écrivain, c'est sa fonction, dit toujours plus qu'il n'a à dire: il dilate sa pensée et la recouvre de mots. Seuls subsistent d'une oeuvre deux ou trois moments: des éclairs dans du fatras. Vous dirais-je le fond de ma pensée? Tout mot est un mot de trop. Il s'agit pourtant d'écrire: écrivons..., dupons-nous les uns les autres.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 882
     
  163. [...] ménopauses métaphysiques [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 883
     
  164. L'expression n'étant pas de taille à se mesurer avec les événements, fabriquer des livres et s'en montrer fier, constitue un spectacle des plus pitoyables: quelle nécessité pousse un écrivain qui a écrit cinquante volumes à en écrire encore un autre? pourquoi cette prolifération, cette peur d'être oublié, cette coquetterie de mauvais aloi?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 884
     
  165. La barbarie est accessible à quiconque: il suffit d'y prendre goût.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 884
     
  166. Examinez les esprits qui réussissent à nous intriguer: loin de faire la part des choses, ils défendent des positions insoutenables.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 885
     
  167. On ne détruit pas, on se détruit.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 885
     
  168. Plus rien à poursuivre, sinon la poursuite du rien. La Vérité? Une marotte d'adolescents, ou un symptôme de sénilité.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 887
     
  169. [...] ce climat d'asthme que créent les convictions [...]
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 887
     
  170. [s'] engager dans n'importe quoi sans y adhérer.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 888
     
  171. [...] j'ai eu le tort de fréquenter bon nombre de poètes. À quelques exceptions près, ils étaient inutilement graves, infatués ou odieux, des monstres eux aussi, des spécialités, tout ensemble tortionnaires et martyrs de l'adjectif, et dont j'avais surfait le dilettantisme, la clairvoyance, la sensibilité au jeu intellectuel. La futilité ne serait-elle qu'un "idéal"?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 888
     
  172. [...] devenir métaphysiquement étrangers.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 888
     
  173. L'amour ou la haine que nous lui portons [à Dieu] révèle moins la qualité de nos inquiétudes que la grossièreté de notre cynisme.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 889
     
  174. L'expérience du vide est la tentation mystique de l'incroyant, sa possibilité de prière, son moment de plénitude.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 890
     
  175. Mes convictions sont des prétextes: de quel droit vous les imposerais-je?
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 893
     
  176. Virus de la prose, le style poétique la désarticule et la ruine: une prose poétique est une prose malade.
    La tentation d'exister, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, p. 897
     
  177. Shakespeare : rendez-vous d'une rose et d'une hache...
    (Syllogismes de l'amertume, p.747, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  178. Ne cultivent l'aphorisme que ceux qui ont connu la peur au milieu des mots, cette peur de crouler avec tous les mots.
    (Syllogismes de l'amertume, p.747, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  179. Tout mot me fait mal. Combien pourtant il me serait doux d'entendre des fleurs bavarder sur la mort !
    (Syllogismes de l'amertume, p.748, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  180. Un livre qui, après avoir tout démoli, ne se démolit pas lui-même, nous aura exaspérés en vain.
    (Syllogismes de l'amertume, p.748, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  181. Tout Occidental tourmenté fait penser à un héros dostoïevskien qui aurait un compte en banque.
    (Syllogismes de l'amertume, p.748, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  182. Mystère. - mot dont nous nous servons pour tromper les autres, pour leur faire croire que nous sommes plus profonds qu'eux.
    (Syllogismes de l'amertume, p.749, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  183. Ce qui fait durer une oeuvre, ce qui l'empêche de dater, c'est sa férocité. Affirmation gratuite ? Considérez le prestige de l'Évangile, livre agressif, livre venimeux s'il en faut.
    (Syllogismes de l'amertume, p.749, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  184. Qu'une réalité se cache derrière les apparences, cela est, somme toute, possible ; que le langage puisse la rendre, il serait ridicule de l'espérer. Pourquoi s'encombrer alors d'une opinion plutôt que d'une autre, reculer devant le banal ou l'inconcevable, devant le devoir de dire et d'écrire n'importe quoi ? Un minimum de sagesse nous obligerait à soutenir toutes les thèses en même temps, dans un éclectisme du sourire et de la destruction.
    (Syllogismes de l'amertume, p.749, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  185. Le pessimiste doit s'inventer chaque jour d'autres raisons d'exister ; c'est une victime du « sens » de la vie.
    (Syllogismes de l'amertume, p.750, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  186. Il est incroyable que la perspective d'avoir un biographe n'ait fait renoncer personne à avoir une vie.
    (Syllogismes de l'amertume, p.751, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  187. Dans les tourments de l'intellect, il y a une tenue que l'on chercherait vainement dans ceux du coeur.
    Le scepticisme est l'élégance de l'anxiété.

    (Syllogismes de l'amertume, p.753, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  188. Être moderne, c'est bricoler dans l'Incurable.
    (Syllogismes de l'amertume, p.753, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  189. Chaque pensée devrait rappeler la ruine d'un sourire.
    (Syllogismes de l'amertume, p.754, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  190. Nous sommes tous des farceurs ; nous survivons à nos problèmes.
    (Syllogismes de l'amertume, p.755, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  191. L'Ennui nivelle les énigmes : c'est une rêverie positiviste...
    (Syllogismes de l'amertume, p.756, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  192. Nos flottements portent la marque de notre probité ; nos assurances, celle de notre imposture. La malhonnêteté d'un penseur se reconnaît à la somme d'idées précises qu'il avance.
    (Syllogismes de l'amertume, p.756, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  193. Dans cet univers provisoire nos axiomes n'ont qu'une valeur de faits divers.
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  194. Objection contre la science : ce monde ne mérite pas d'être connu.
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  195. Comment peut-on être philosophe ? Comment avoir le front de s'attaquer au temps, à la beauté, à Dieu, et au reste ? L'esprit s'enfle et sautille sans vergogne. Métaphysique, poésie, - impertinences d'un pou...
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  196. Stoïcisme de parade : être un passionné du « Nil admirari », un hystérique de l'ataraxie.
    (Syllogismes de l'amertume, p.757, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  197. La liberté ? Sophisme des bien portants.
    (Syllogismes de l'amertume, p.758, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  198. Quand l'idée se cherchait un refuge, elle devait être vermoulue, puisqu'elle n'a trouvé que l'hospitalité d'un cerveau.
    (Syllogismes de l'amertume, p.758, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  199. Technique que nous pratiquons à nos dépens, la psychanalyse dégrade nos risques, nos dangers, nos gouffres ; elle nous dépouille de nos impuretés, de tout ce qui nous rendait curieux de nous-mêmes.
    (Syllogismes de l'amertume, p.758, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  200. Tout problème profane un mystère ; à son tour, le problème est profané par sa solution.
    (Syllogismes de l'amertume, p.759, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  201. Le Réel me donne de l'asthme.
    (Syllogismes de l'amertume, p.760, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  202. On rencontre la Subtilité :
    [...]
    chez le femmes. Condamnées à la pudeur, elles doivent camoufler leurs désirs, et mentir : le mensonge est une forme de talent, alors que le respect de la « vérité » va de pair avec la grossièreté et la lourdeur.

    (Syllogismes de l'amertume, p.760, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  203. Le philosophe « généreux » oublie à ses dépens que d'un système seules survivent les vérités nuisibles.
    (Syllogismes de l'amertume, p.761, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  204. S'ennuyer c'est chiquer du temps.
    (Syllogismes de l'amertume, p.766, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  205. J'ai cherché en moi mon propre modèle. Pour ce qui est de l'imiter, je m'en suis remis à la dialectique de l'indolence. Il est tellement plus agréable de ne pas se réussir !
    (Syllogismes de l'amertume, p.766, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  206. Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.
    (Syllogismes de l'amertume, p.767, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  207. Toutes les eaux sont couleur de noyade.
    (Syllogismes de l'amertume, p.767, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  208. Don Quichotte représente la jeunesse d'une civilisation : il s'inventait des événements ; - nous ne savons comment échapper à ceux qui nous pressent.
    (Syllogismes de l'amertume, p.769, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  209. Le héros est périmé ; seul le carnage impersonnel a cours. Nous sommes des fantoches clairvoyants, tout juste propres à faire des simagrées devant l'irrémédiable. L'Occident ? Un possible sans lendemain.
    (Syllogismes de l'amertume, p.773, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  210. On cesse d'être jeune au moment où on ne choisit plus ses ennemis, où l'on se contente de ceux qu'on a sous la main.
    (Syllogismes de l'amertume, p.776, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  211. Sans Dieu tout est néant ; et Dieu ? Néant suprême.
    (Syllogismes de l'amertume, p.777, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  212. Au beau milieu d'études sérieuses, je découvris que j'allais mourir un jour...; ma modestie en fut ébranlée. Convaincu qu'il ne me restait plus rien à apprendre, j'abandonnai mes études pour mettre le monde au courant d'une si remarquable découverte.
    (Syllogismes de l'amertume, p.778, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  213. Ne me demandez plus mon programme ; respirer, n'en est-ce pas un ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.779, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  214. Quel dommage que, pour aller à Dieu, il faille passer par la foi !
    (Syllogismes de l'amertume, p.783, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  215. Réfutation du suicide : n'est-il pas inélégant d'abandonner un monde qui s'est mis si volontiers au service de notre tristesse ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.783, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  216. Hors la matière, tout est musique : Dieu même n'est qu'une hallucination sonore.
    (Syllogismes de l'amertume, p.786, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  217. Le secret d'un être coïncide avec les souffrances qu'il espère.
    (Syllogismes de l'amertume, p.787, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  218. La Création fut le premier acte de sabotage.
    (Syllogismes de l'amertume, p.788, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  219. Le grand forfait de la douleur est d'avoir organisé le Chaos, de l'avoir dégradé en univers.
    (Syllogismes de l'amertume, p.789, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  220. Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise, elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent pas font figure de vaincus et d'incapables, ne méritant que pitié et mépris. Observez les néophytes en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont réussi à intéresser Dieu à leurs combines, les convertis, les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence avec la modestie et les bonnes manières de ceux qui sont en train de perdre leur foi et leurs convictions...
    (Syllogismes de l'amertume, p.792, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  221. L'art d'aimer ? C'est savoir joindre à un tempérament de vampire la discrétion d'une anémone.
    (Syllogismes de l'amertume, p.793, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  222. Heureux en amour, Adam nous eût épargné l'Histoire.
    (Syllogismes de l'amertume, p.794, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  223. Sans Bach, la théologie serait dépourvue d'objet, la Création fictive, le néant péremptoire.
    S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu.

    (Syllogismes de l'amertume, p.797, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  224. Que sont toutes les mélodies auprès de celle qu'étouffe en nous la double impossibilité de vivre et de mourir !
    (Syllogismes de l'amertume, p.797, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  225. À quoi bon fréquenter Platon, quand un saxophone peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.797, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  226. Point de musique véritable qui ne nous fasse palper le temps.
    (Syllogismes de l'amertume, p.798, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  227. La musique, système d'adieux, évoque une physique dont le point de départ ne serait pas les atomes, mais les larmes.
    (Syllogismes de l'amertume, p.798, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  228. Si Noé avait eu le don de lire l'avenir, il n'est point douteux qu'il se fût sabordé.
    (Syllogismes de l'amertume, p.800, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  229. Les événements, - tumeurs du Temps...
    (Syllogismes de l'amertume, p.800, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  230. Évolution : Prométhée, de nos jours, serait un député de l'opposition.
    (Syllogismes de l'amertume, p.800, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  231. L'histoire, en effet, se ramène à une classification des polices ; car de quoi traite l'historien, sinon de la conception que les hommes se sont faite du gendarme à travers les âges ?
    (Syllogismes de l'amertume, p.801, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  232. L'homme sécrète du désastre.
    (Syllogismes de l'amertume, p.801, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  233. Toutes les calamités - révolutions, guerres, persécutions - proviennent d'un à-peu-près... inscrit sur un drapeau.
    (Syllogismes de l'amertume, p.803, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  234. Un homme politique qui ne donne pas quelque signe de gâtisme me fait peur.
    (Syllogismes de l'amertume, p.803, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  235. L'anxiété - ou le fanatisme du pire.
    (Syllogismes de l'amertume, p.803, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  236. Je crois au salut de l'humanité, à l'avenir du cyanure.
    (Syllogismes de l'amertume, p.806, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  237. Il n'est qu'un esprit lézardé pour avoir des ouvertures sur l'au-delà.
    (Syllogismes de l'amertume, p.806, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  238. Le secret de mon adaptation à la vie ? - J'ai changé de désespoir comme de chemise.
    (Syllogismes de l'amertume, p.807, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     
  239. Le spermatozoïde est le bandit à l'état pur.
    (Syllogismes de l'amertume, p.812, in Oeuvres, coll. Quarto, éd. Gallimard, 1995)
     

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