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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 13:01

Nombre de penseurs, d’artistes, de cinéastes, de musiciens et de politiques, qui s ’étaient laissés convaincre dans le sillage d ’Edouard Glissant que "les mélanges renforcent, les mélanges protègent", sont aujourd'hui orphelins. L ’auteur des concepts de créolisation, d ’antillanité ou du Tout-monde est décédé ce jeudi 3 février à Paris. Au fondement de son travail, Edouard Glissant évoquait une "pensée-rhizome", allusion à la partie souterraine ou sous- marine des plants de riz, de bambous, de roseaux, qui aident la plante à se fixer sur des sols meubles (dunes, eaux …). Le poète opposait ces "racines- rhizomes" aux "racines uniques" des autres végétaux. "Les racines rhizomes poussent à la rencontre d ’autres racines, se renforcent entre elles, et ne massacrent pas la fertilité autour d ’elles. La racine-unique tue autour d’elle", résumait-il sur FRANCE 24, en avril dernier. Il en est de même pour les cultures et les communautés dans le monde : elles doivent "accepter de se toucher, de se mélanger. Ce métissage a des résultantes inattendues. En ayant le sentiment de ce brassage, de cette "poétique de la mondialité", nous sommes mieux armés pour essayer de voir ce qui ne va pas." Pour l’indépendance des Antilles Le poète naît en 1928, un 21 septembre, à Sainte-Marie, dans le nord de la Martinique. Il part faire ses études de philosophie à la Sorbonne, à Paris, à l ’âge de 18 ans. Douze ans plus tard, son roman "La Lézarde" obtient le prix Renaudot. Il milite alors activement contre le système colonial, opposé à la guerre d'Algérie, et soutient la nécessité de faire accéder les Antilles à l ’indépendance. "Des grèves et des émeutes avaient secoué la Martinique et la Guadeloupe en 1959, un peu à la façon des récentes manifestations de 2009. En ce temps-là, la police ne prenait pas de gants ; les forces de l’ordre avaient fusillé à bout portant trois lycéens. Des enseignants avaient été suspendus de leur fonction", racontait-il dans Télérama en juillet dernier. Avec le poète Paul Niger, le secrétaire général du Parti communiste martiniquais, Cosnay Marie- Joseph, et l ’un des avocats du FLN algérien, Marcel Manville, il fonde en 1961 le Front antillo-guyanais pour l ’autonomie, banni par le général de Gaulle. Edouard Glissant est interdit de séjour aux Antilles, de 1959 à 1965. Par la suite, le poète disait n’avoir jamais voulu se lancer en politique et avoir renoncé à l ’indépendance des Antilles vis-à- vis de la métropole. "Les rapports France-Antilles sont tellement complexes, expliquait-il sur FRANCE 24 en avril dernier. L ’histoire a toujours été une révolte et une rébellion explosive, suivi de longues périodes de calme plat." Comment a-t-il vécu l'impasse du mouvement de 2009, avec sa longue grève de 44 jours ? "C ’est conforme à l’histoire des Antilles. Ca fait des siècles que nous sommes essoufflés." Pour Edouard Glissant, l ’indépendance "n’est pas seulement une question de statut. C ’est une question de maîtrise de sa propre pensée. Qui est indépendant de qui ? Même les Etats-Unis ne sont pas indépendants du reste du monde." "L’intraitable beauté du monde" et Barack Obama Les Etats-Unis avaient été une terre d ’accueil pour Edouard Glissant. Il était "Distinguished Professor" en littérature française, à la City University of New York. Il avait été enthousiasmé par l ’accession au pouvoir du métisse Barack Obama, représentant idéal de la "créolisation" et dont il admirait la connaissance de la diversité du monde (cf. son livre "L'intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama", qu’il a co-écrit avec Patrick Chamoiseau (éd. Galaade, 2009)). Il se disait cependant "très étonné de la haine fondamentale et viscérale des Américains contre Obama. Les questions ne sont pas encore résolues", concluait-il sur FRANCE 24 en avril dernier.

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